La conduite automatisée figure en bonne place à l’agenda de l’innovation du Luxembourg. Le pays poursuit une stratégie nationale concrète intitulée « Automatisiertes Fahren 2028 » (Conduite automatisée 2028). La connectivité en constitue l’un des piliers.
Élaborée conjointement par le ministère de l’Économie et le ministère de la Mobilité, cette stratégie a été présentée à l’automne 2025. Faire du Luxembourg le premier pays européen à autoriser la conduite automatisée sur son territoire d’ici 2028 : tel était, à l’origine, l’objectif fixé dans l’accord de coalition.
Laboratoire européen de référence pour la mobilité de demain
L’ambition est de positionner le pays comme un laboratoire vivant pour la mobilité du futur, et de devenir un centre d’excellence européen en matière de conduite automatisée. À cette fin, le gouvernement s’appuie sur les atouts du pays : un niveau élevé d’expérimentation, une culture de coopération intersectorielle et un écosystème numérique dynamique reposant sur une connectivité performante.
L’objectif global est clair : la conduite automatisée doit stimuler la diversification économique, favoriser la création de nouveaux emplois et permettre d’aller plus loin dans l’amélioration de la qualité de vie des citoyens. De plus, le projet prévoit d’intégrer la conduite automatisée au concept national de développement et d’expansion renforcée de la mobilité multimodale.
Dispositifs de financement européens
Un financement durable est une clé essentielle dans une démarche à long terme pour la conduite automatisée. Au Luxembourg, ce financement repose sur plusieurs piliers :
- Le Fonds National de la Recherche (FNR) soutient les activités de recherche pertinentes, notamment dans le cadre de partenariats public-privé (PPP) ;
- Le programme de financement public Fit4Start s’adresse aux startups qui, sous réserve de présenter un positionnement adapté en matière d’innovation, ont accès à divers fonds d’investissement. Luxinnovation constitue l’interface ;
- Luxinnovation donne également accès à divers dispositifs de financement à l’échelle européenne : Horizon Europe, par exemple, auquel s’ajoutent de nombreuses opportunités de coopération transfrontalière dans le domaine de la mobilité du futur.
Six axes d’action pour un impact social durable
La stratégie repose sur six axes d’action, eux-mêmes étroitement alignés sur l’initiative stratégique « Accélérer la souveraineté numérique 2030 » :
- Une gouvernance appropriée et un cadre juridique adapté ;
- Le développement des compétences et des talents nécessaires ;
- Le renforcement des infrastructures et des écosystèmes ;
- La promotion de la recherche et de l’innovation dans ce domaine ;
- La mise en place de services d’accompagnement efficaces ;
- Une coopération internationale approfondie et continue.
En pratique, les deux ministères concernés misent, entre autres, sur des « laboratoires vivants » (living labs), et sur des environnements de test facilitant l’innovation et la validation des technologies. En sites fermés ou par l’emploi de véhicules automatisés en conditions réelles, ces actions doivent être menées en coopération avec des acteurs publics et privés afin de garantir un impact social durable de la technologie.
Cinq applications concrètes d’ici 2027
Dans une prochaine étape, cinq situations d’emploi doivent être engagées ou approfondies d’ici 2027 :
- Les robotaxis, pour des services de transport à la demande sans conducteur, à l’image des essais routiers déjà menés par Pony.ai et Emile Weber. Le potentiel de cette approche est illustré par le fait qu’un autre projet de robotaxis a été lancé en juin 2026 : à Bissen, la société européenne de VTC Bolt, le constructeur automobile Stellantis et Pony.ai testent depuis lors l’utilisation de cinq robotaxis. Dans une deuxième phase du projet, ces essais devraient être étendus à la ville de Luxembourg.
- Les navettes de dernier kilomètre — des navettes automatisées intégrées aux réseaux de transport public, tel que le projet pilote mené par les CFL et Ohmio à Belval ;
- Les services de stationnement et les zones à circulation apaisée, pour l’automatisation des manœuvres en environnement contrôlé ;
- Le domaine de la logistique automatisée, pour répondre aux enjeux du transport de marchandises ;
- La conduite automatisée sur autoroute, pour une sécurité accrue et une circulation plus fluide sur les grands axes.
Intelligence artificielle : une prévision optimiste pour 2030
Selon les définitions internationales, cette dernière application relève du niveau d’automatisation 3 (automatisation conditionnelle) ou 4 (automatisation élevée). L’expérience a montré que le besoin d’une connectivité performante s’accroît en même temps que le niveau d’automatisation. Or, l’infrastructure très développée du Luxembourg constitue un avantage compétitif. Elle justifie peut-être aussi en partie l’optimisme affiché par l’IA de Google quant à la conduite automatisée dans le Grand-Duché. Voici ses prévisions :
« En 2030, la conduite automatisée au Luxembourg s’illustrera probablement par une combinaison de projets déjà en cours et par une intégration croissante des “robotaxis” et des navettes de “dernier kilomètre”. Différents niveaux de conduite autonome sont attendus. Parmi eux, les niveaux 3 et 4 joueront un rôle important pour améliorer la sécurité et la fluidité du trafic autoroutier. »
Les six niveaux d’automatisation de la conduite
La définition des niveaux de conduite automatisée a été établie par SAE International, organisation de normalisation reconnue au niveau international. Elle recense six niveaux d’automatisation, allant de 0 (le conducteur effectue toutes les tâches) à 5 (le véhicule se conduit lui-même en toutes circonstances). En détail :
- Niveau 0 (aucune automatisation),
- Niveau 1 (assistance à la conduite),
- Niveau 2 (automatisation partielle),
- Niveau 3 (automatisation conditionnelle),
- Niveau 4 (automatisation élevée),
- Niveau 5 (automatisation complète)




