Deuxième édition du side event « Connecting Tomorrow »
Quelle place l’esport occupe-t-il aux côtés des disciplines sportives traditionnelles, et de quel niveau de connectivité ces deux univers ont-ils besoin, qu’ils se rejoignent ou évoluent indépendamment ? Telles étaient les questions au cœur de « Connecting Tomorrow », organisé pour la deuxième fois par MyConnectivity le 10 juin dans le cadre de Nexus 2026. Les échanges ont abordé des perspectives variées, de la compétition et de la performance à la cybersécurité, à la sécurité événementielle et au marketing.
Une journée entière consacrée aux couches cachées
À la hauteur de la diversité des sujets abordés, cette nouvelle édition s’est étendue pour la première fois sur une journée entière. La matinée était consacrée aux expériences immersives et à la pratique active du gaming, tandis que l’après-midi proposait une keynote, des entretiens individuels et plusieurs tables rondes. Les Pocket Networking sessions et le cocktail de clôture ont également offert des occasions d’échanger de manière plus informelle.
La journée s’est ouverte par une démonstration sur Rocket League menée par Luka Trenz, Lena Rocca et Loïc Cordeiro Fonseca. En rendant visible l’impact du lag sur une partie, ils ont montré comment une connexion lente ou instable peut fausser une action, compromettre l’équité entre les joueurs et limiter l’accès à la compétition.
La matinée s’est ensuite poursuivie avec Operation Poseidon, une expérience collaborative conçue par Virtual Rangers. Guidés par Matthieu Bracchetti, les participants ont été plongés dans une crise cyber où la réussite dépendait autant de la technologie que de la communication et des comportements humains.
La Formule 1, exemple emblématique
L’un des temps forts de l’après-midi fut la keynote de Mark Gallagher, dirigeant de l’industrie de la Formule 1 et expert du secteur. Il a montré comment un championnat historiquement centré sur la mécanique s’est transformé en une industrie technologique mondiale, où les données, les simulations, la production à distance et les contenus numériques contribuent aussi bien à la performance qu’au modèle économique.
Une écurie moderne ne repose plus uniquement sur les pilotes et les mécaniciens présents au bord de la piste. Une grande partie de ses ingénieurs travaille depuis le siège, où les données envoyées par la voiture de course sont analysées en temps réel. Avant même le départ, des millions de scénarios peuvent être simulés afin d’anticiper l’usure des pneus, la météo, les arrêts aux stands ou l’intervention d’une voiture de sécurité.
L’exemple de Max Verstappen au Grand Prix de France 2021 a illustré cette nouvelle manière de construire une victoire. Alors qu’il suivait Lewis Hamilton, l’outil stratégique de Red Bull a recommandé un arrêt supplémentaire qui semblait d’abord coûteux. Les simulations montraient pourtant que des pneus neufs lui permettraient de combler son retard. Le pilote a finalement dépassé son rival dans l’avant-dernier tour, au terme d’une décision associant logiciel, ingénieurs, mécaniciens et expertise humaine.
La connectivité transforme également la manière dont la Formule 1 produit et partage son spectacle. Les images peuvent être montées, enrichies de graphiques et distribuées depuis un centre de production à distance. En déplaçant davantage de données et moins de studios, d’équipements et de collaborateurs, le championnat allège ses contraintes logistiques et réduit une partie de son empreinte environnementale.
Cette évolution nourrit enfin la relation avec le public. Les supporters ne suivent plus seulement une course à la télévision : ils consultent des statistiques, écoutent les communications radio, regardent des contenus produits par les équipes et pilotent parfois eux-mêmes sur les mêmes circuits virtuels. Le simulateur devient ainsi un outil de préparation, mais aussi un média et une porte d’entrée vers la marque.
Du simulateur à la performance sportive
L’interaction entre connectivité et performance a ensuite été au cœur des interventions de Wolfgang Reip, Sarah Bovy et Lenny Kieffer. Leurs parcours montrent que les frontières entre sim racing et course réelle deviennent plus poreuses. La télémétrie facilite l’apprentissage, tandis que la radio et la circulation des données relient en permanence le pilote à son équipe.
Wolfgang Reip en apporte une illustration spectaculaire. Après avoir remporté la GT Academy de Nissan sur Gran Turismo en 2012, il est passé du simulateur à un contrat professionnel et aux grandes compétitions de GT. Désormais ingénieur en machine learning chez Track Titan, il utilise la télémétrie pour transformer les données de conduite en conseils compréhensibles par les sim racers.
À 16 ans, Lenny Kieffer incarne à son tour cette continuité. Le Luxembourgeois a associé le karting à une pratique intensive du sim racing avant de remporter le Volant ELF by The Grid, qui lui a ouvert les portes d’une saison en GT4 France. Pour lui, les points de freinage, les trajectoires et la recherche de régularité relient les deux environnements, même si la piste ajoute la chaleur, les accélérations, la fatigue et le risque.
Sarah Bovy, pilote des Iron Dames, a rappelé que la connectivité reste tout aussi décisive une fois la voiture engagée dans une véritable course. Aux 24 Heures du Mans, la radio transmet les informations relatives aux pneus, au carburant, à la météo et à la stratégie. Des procédures de secours existent, mais une interruption au mauvais moment peut faire perdre plusieurs positions.
Au-delà du sport automobile, Raymond Conzemius, Alwin De Prins et Olga Barrera ont interrogé la place des capteurs, de l’intelligence artificielle et de l’accompagnement scientifique dans le sport de haut niveau. Tous ont souligné que la donnée peut éclairer une décision, personnaliser un entraînement ou accompagner le retour après une blessure, mais qu’elle ne remplace ni l’expertise humaine ni la responsabilité de l’athlète.
Sur la piste comme en coulisses
Les derniers échanges ont porté sur l’organisation des grands événements. Claude Rach a expliqué comment le Tour de France ou le Dakar transforme chaque jour un nouveau territoire en stade temporaire. Gérard Carmona, Yann Figuet et Bertrand Rojat ont présenté les infrastructures combinant communications prioritaires, 5G, fibre et satellite afin de répondre simultanément aux besoins de la sécurité, de la production audiovisuelle et du public.
Dans un événement itinérant, la connectivité ne se limite pas à la transmission d’images. Elle permet de coordonner les autorités locales, les équipes, les secours, les partenaires et les bénévoles. Dans le désert, les liaisons satellitaires contribuent aussi à suivre les concurrents et à déclencher une intervention lorsqu’un véhicule s’immobilise de manière anormale.
Dans un stade, plusieurs réseaux doivent fonctionner simultanément. Les forces de sécurité ont besoin de communications prioritaires, les diffuseurs transportent des flux vidéo et les spectateurs partagent leurs propres contenus. La fiabilité repose alors sur la complémentarité des technologies et sur des solutions de secours préparées avant l’ouverture au public.
Enfin, Stefan Heldens, Michel Vandaele, Sébastien Faye et Bruno Cavaleiro ont montré que les stades peuvent servir de laboratoires aux villes connectées. Les expérimentations menées à Belval, le projet SmartSpires ainsi que les nouveaux quartiers de Metzeschmelz et de Rout Lëns, à Esch-sur-Alzette, donnent à cette réflexion une dimension résolument luxembourgeoise.
Opportunités et défis : une série de rentrée
Sous des angles différents, toutes les interventions ont confirmé le caractère indispensable de la connectivité dans le monde du sport et son rôle plus général de pilier socio-économique. Elles ont ainsi prolongé les messages d’Elisabeth Margue, ministre déléguée auprès du Premier ministre, chargée des Médias et de la Connectivité, et de Julien Larios, CEO de MyConnectivity. Dans leurs allocutions d’ouverture, tous deux ont rappelé les forces du Luxembourg, mais aussi la nécessité de poursuivre les investissements, de sécuriser les réseaux et de transformer les infrastructures en services utiles.
Elisabeth Margue a insisté sur la fiabilité, la sécurité et la souveraineté qui doivent accompagner la performance des réseaux. Julien Larios a, pour sa part, replacé ces enjeux dans la « course à la connectivité » : disposer d’une infrastructure de qualité constitue un avantage, mais celui-ci doit être continuellement entretenu face à l’évolution des usages et à l’augmentation des volumes de données.
Au cours des prochaines semaines, huit articles reviendront sur les principaux enseignements de cette journée : le lag et l’équité dans l’esport ; Operation Poseidon ; la Formule 1 avec Mark Gallagher ; le passage du simulateur à la piste ; la question « Peut-on encore gagner sans technologie ? » ; l’organisation des grands événements itinérants ; les coulisses techniques des événements mondiaux ; enfin, le rôle des stades dans la construction de la connectivité urbaine de demain.
Chaque article développera l’un de ces axes tout en le replaçant dans le contexte luxembourgeois. L’objectif n’est pas seulement de décrire des technologies, mais de comprendre ce qu’elles changent pour les sportifs, les organisateurs, les entreprises, les territoires et le public.




